Doucement, on PROGRESS…

Nicolas, si tu passes par là… par je ne sais quel miracle, MERCI !
Merci de m’avoir donné ce virus de l’aéromodélisme et cette volonté d’entoiler du regard tous morceaux de bois qui s’offraient à mes yeux. Vous en conviendrez que remercier quelqu’un de vous « contaminer » est plutôt étrange !

Le Nicolas en question était un camarade de classe de collège qui avait tout d’un gosse des années ’90 : un survêtement fluo, des Reebok™ bien trop grandes et une voix fluette responsable de son divorce avec la popularité.

C’est le genre de personne qui s’agglutinait avec de rares semblables pour rendre compte, à couvert des fanfarons, de ses activités secrètes du weekend …

Elles n’étaient plus trop secrètes pour moi, vous l’aurez deviné, là où je vaquais de paroisse en paroisse dans cette époque folle : le clan des SEGA, le clan des RPGistes (sic), le clan des dessinateurs, le clan des métalleux et ce clan secret de la radiocommande à 41 MHz !

Il me convertit à cette confrérie sans que je puisse m’y adonner à l’époque : la faute à mon cognitif d’ado déjà surchargé par le feu d’artifice perpétuel des nineties (… et des finances naturellement limitées).

Mon premier amour avec tout ce petit monde à hélices fut dans les pages d’un catalogue Graupner™.
J’ignorais encore ce qu’était un Cessna 172 ! Le petit TAXI Cup me faisait déjà rêver, avec sa robe verte, son moteur OS™ pêchu, ses formes arrondies… J’avais une vision très péjorative de ce qu’était un avion radiocommandé : un bloc de balsa immonde, avec des couleurs douteuses et un moteur voué à s’éteindre en plein vol ; le genre de préjugés collés au TAXI premier du nom, avion école de toujours !
Ma vision naïve s’éclipsa bien vite quand je vis les trésors qu’offrait ce microcosme… De gros joujoux évoluant dans un milieu, jusque-là, réservé aux oiseaux, à Iron Man ou au Bell 222 de Supercopter (de mieux en mieux…) !

Le temps passait, glissait, tirait doucement le train de la vie.
Je ne voulais pas sauter le pas pour éviter, encore une fois, de m’enterrer cœur et âme dans une autre activité.
Une de plus ou une de trop ?

Le dilemme fut tranché, bien plus tard, par … mon voisin d’atelier !

Ce PNJ, nommé Thibault, pratiquait depuis son enfance l’aéromodélisme.

J’étais dans une période « artistique » de mécanique automobile, où une Anglaise à quatre roues se faisait opérer dans mon atelier.
Un chantier qui ne manqua pas d’attirer des curieux et d’attiser de longues conversations sur le « pourquoi » de ce six cylindres britannique.
Thibault était l’un de ces attachants visiteurs avec qui je partageais quelques passions. Les « heures supplémentaires » à l’atelier dérivaient forcément sur des sujets bien différents du calage de l’allumage de la vieille dame :
Ahhh, le son du Prophet 5 ou du DX7… Ahhh, Don’t let me leave, Murph dans Interstellar… Ahhh le Torque roll sur mon 3D…

Quelque temps plus tard, notre généreux protagoniste m’offrit le fruit défendu afin que je puisse mettre le pied à l’étrier : un petit kit EPP à monter d’un vétéran du monde de l’indoor, le PROGRESS !
Ce cadeau comportait tout l’accastillage et toute l’électronique nécessaire (hormis la radiocommande que je possédais déjà) !
Ce geste, très attentionné de sa part, n’était pas anodin : je me retrouvais avec l’avion le moins destructible et le plus tolérant pour commencer dans de bonnes conditions.
Il va de soi que celui-ci étant « indoor », j’allais m’empresser de l’utiliser « outdoor ». Ce n’est pas ma blonditude (… ne sautez pas sur le dictionnaire) qui me fera l’utiliser de la sorte mais juste le fait que ce petit trésor de l’aéro peut voler partout … Bien évidemment, sans une manche à air qui soubresaute ou sans les bourrasques saisonnières d’une automne à la tâche …
Un « ProPro », ça vole au calme !

Suggestion du kit assemblé complet avec ses patins/roulettes de train.
Mon bienheureux exemplaire provient de GuixModel : un marchand basé à Onnaing, bien connu dans l’hexagone.

La radiocommande retenue, pour ce petit oiseau, est une FMS X-4 FHSS en 4 voies. Un modèle simple amplement suffisant.

Le contrôleur moteur, SEC ~ BEC, est un petit 10A. Sa connectique pour l’accumulateur est de type JST : c’est un connecteur limité mais suffisant pour une dizaine d’ampères.
Il alimente le récepteur radio ainsi que les servos, avec un courant maximal de 2 A.

Les x3 servos sont de tous petits 5,5 g, 1,1 kg/cm de marque Power HD, modèle HD-1550A.

Le moteur brushless est de type 2204~2812, 1600kv pour 97W. C’est un « no-name » chinois plus couramment distribué en 1400kv.

L’hélice retenue est une 8 x 4,3.

Caractéristiques :

Envergure : 849 mm
Longueur : 876 mm

Corde emplanture aile : 281 mm
Surface aile : 17,8 dm2
Surface stabilisateur : 5,4 dm2

Profile aile : plat / planche
Profile stabilisateur : plat / planche

Charge alaire annoncée : 7,3 à 9 g/dm2
Masse annoncée : 130 à 160 g

Renforts par haubans carbone
3 axes + moteur
Cellule en EPP de 6 mm

Ce petit kit en polypropylène expansé, posé sur mon plan de travail, emmitouflé dans un cellophane tendu, n’attendant que la délivrance du cutter, me laissa face à un dilemme :
Il me faut le matériel nécessaire, pour réussir à la tâche, avant de succomber à la précipitation infantile du « nouveau jouet » !

Mon kit du parfait hobbyiste ne se fit pas prier, en s’élaborant petit à petit : colle styrène POR, cyanoacrylate avec activateur, rubans adhésifs divers et variés, gaines thermorétractables, double face, plombs de lestage, joncs carbone et tant d’autres joyeusetés …

Je m’arrêterais sur la botte secrète du pratiquant : le Blenderm® !
Ce ruban adhésif, à vocation pharmaceutique, fut détourné par les adeptes, pour officier à articuler toutes les charnières présentes sur un aéronef réduit.
La seconde vie de ce sparadrap intemporel !
Sa constitution plastique et son excellente adhérence l’ont désigné candidat parfait à la besogne …

La petite subtilité est qu’il me fallait une solution technique pour entailler convenablement mes charnières dans l’EPP.
L’outil éclot d’un coin en bois parfaitement calibré, équipé de lames de rasoirs à l’action réglable ! Je n’en demandais pas mieux avec si peu.

Pour les impatients, nous allons nous attaquer au montage de ce petit colibri.
L’outillage est prêt, le cognitif de votre hôte aussi.
Reste à mettre une ambiance pour mener à bien le périple : je crois que j’avais succombé au Moldau de Smetana pour un fond sonore propice à l’exécution …

L’usinage des charnières est la première opération visée.

Je brandis mon outil magique improvisé pour mener à bien la tâche.
L’idée est de faire deux entailles sur l’axe virtuel de ces futures charnières : une première verticale, à l’aplomb de l’axe, et une seconde à 45°, venant mourir sur sa jumelle.
L’épaisseur de matière laissée est d’environ 5/10 de millimètre.
Le Blenderm® viendra compléter cet usinage pour parfaire l’articulation.
Toutes les surfaces articulées auront un débattement maximum de 90° autorisé par notre façonnage Wilkinson­™ (je sais … elle est facile).

L’outil réglé en profondeur se présente de la sorte :

Les charnières avec leurs « gouttières » d’usinage :

… Et enfin, notre sparadrap sauveur pour compléter le tout :

Vous noterez que ce modèle indoor possède des gouvernes dites compensées.
Ces gouvernes à « cornes » permettent de réduire l’effort des servomoteurs.
C’est une solution empirique élégante qui favorise, en général, des modèles de forte envergure.
Le géniteur, Guy Verneuil, a souhaité le meilleur pour son bébé …

Place à la décoration !

Déjà, me diriez-vous ?

Il me faut préparer les pièces en peinture, avant que celles-ci soient collées/assemblées définitivement.

Je me suis arrêté sur un bleu ciel, aux motifs inspirés de ces Mitsubishi japonais ayant œuvré dans les heures sombres du Pacifique.

Je vous vois venir avec vos invectives sur mon intention de peindre un aéroplane aux couleurs du… ciel !

Coupable ! Cet aérosol acrylique était bien seul dans mon désert de consommables à peinture : il fut désigné d’office, à contre-courant d’une logique évidente sur les teintes à proscrire.

La mise en peinture se fera via de simples pochoirs :

Passons à l’assemblage.

Le modèle est composé de deux demi-fuselages verticaux, avec clefs d’assemblage détourées.

Le profil du fuselage fini est en croix, avec ailes et stabilisateur traversants.

Le haubanage est confié à des joncs carbone de 10/10 croisés.

J’ai entamé cette besogne, un peu hésitant, en posant ces joncs croisés sous les ailes de notre capitaine.
La pose de ces renforts a vite pris une tournure artistique : une croix par-ci, une clé par là, une larme de colle …
Le titre « capitaine » n’est presque pas usurpé, lorsque je vis la structure, si caractéristique, d’un vaisseau amiral, se dessiner sous mes yeux !
La poutre de queue en eut pour son compte, aussi, avec un treillis se déroulant sous sa croupe.

Mais … N’y aurait-il pas eu une débauche d’improvisation ?

Le but principal de la manœuvre fut bien de renforcer l’aéronef.
Pas d’ambitions loufoques à recréer le Black Pearl des airs !

Vous conviendrez que distribuer du renfort « à la pelle », c’est aussi alourdir un oiseau qui ne demande qu’à voler.
Votre hôte n’a pas le doigté d’un voltigeur de l’extrême :
l’oiseau en question aura une forte probabilité de rencontrer le plancher des vaches, à des vitesses insoupçonnées …

Manque de confiance ou prévoyance ?

Eh bien, l’envie de prolonger la durée de vie du modèle !

Le verdict ultime de ces bonnes intentions sera la quantité de colle passée, à réparer le polypropylène de notre héros, dans ses mésaventures …

L’assemblage se précise :

Les haubans sont coupés et usinés en pointe pour parfaire le montage/collage :

Il est temps d’articuler tous les membres de notre poisson volant !

Les guignols de commandes sont posés aux points stratégiques pour faciliter la transmission des efforts.
Leur implantation se fait via des entailles dans le matériau, avec un point de colle pour la tenue mécanique.

Les chapes font dans la simplicité, avec de simples morceaux de cordes à piano coudés pour le verrouillage dans les palonniers.

Les tringleries sont liées à celles-ci via de simples manchons réalisés en gaine thermorétractable : un tel montage autorise une « certaine » liberté sous un effort sensible.
Notons aussi que ce type de montage sécurise toute la tringlerie en cas de choc ! Le genre de solution qui fera mon bonheur vu mes prédispositions …

Le bâti moteur est directement vissé/collé sur la croix que forme le nez de notre protagoniste : il n’y a pas de recherche de compensation de piquage (sur l’angle du bâti) puisque notre vaillant brushless est aligné au plan d’aile ! La force d’une aile médiane …

Le montage des micro servomoteurs est des plus aisés : ceux-ci sont simplement collés dans leurs niches respectives !

Le nez de l’appareil fera office de salon pour tout l’attirail électronique : s’y inviteront le contrôleur moteur, le récepteur radio et l’accumulateur Li-Po de propulsion ! Tout ce petit monde monté sur double face « scratch »…
Cette disposition permettra d’approcher notre équilibrage souhaité.
Notez que j’ai dû lester notre aéronef innocent pour parfaire cet équilibre.

Certains me parleront de l’absence de train d’atterrissage !

Mon poisson volant est un avion école, qui n’aura de comptes à rendre qu’à l’herbe dense, tapissant les champs qu’il survolera.
Exit la traînée d’un train superflu !
Gare à la brutalité des approches …

Voilà ! Nous arrivons au bout de la gestation.

Reste à régler parfaitement mes tringleries et trimer l’appareil comme il se doit.
Reste, aussi, à modifier ma radiocommande pour la passer en mode 1 : cette modification m’a rappelé sournoisement mon appartenance au crétacé, en visant une telle configuration …

Mon premier vol ne sera pas sans émotion de voir cet assemblage de fortune (!) évoluer paisiblement : le vol est lent, très lent, dû au surpoids que j’ai infligé à l’innocent.

L’appareil dépasse les 200 g, avec accumulateur.
À ce niveau, on est plus proche d’un camionnesque (… ne cherchez pas le dictionnaire) F14 Tomcat que d’un Blériot XI fluet battant de l’aile.

Mon « ProPro » est lent, mais tellement simple à faire évoluer …
Que demander de mieux pour se faire les ailes ?

Documentation :

Notice – FLY n°160
Plan de montage 1/2
Plan de montage 2/2

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